... consigne à la façon des encyclopédistes du XVIII siècle, les règles de l'art du corps, une véritable «grammaire» du mime, des inédits de l'oeuvre d'Étienne Decroux, la démarche pédagogique de l'École de Mime ainsi qu'une théâtrographie des quelques quarante- cinq oeuvres créées par la compagnie Omnibus depuis 1970. Ces quatre parties constituent une mémoire vive ainsi qu'un outil de référence qui vulgarise le mime contemporain dans sa double démarche, didactique et créatrice.

L'École étant plus ou moins le bouillon de culture qui a fourni la majorité des interprètes, et souvent même généré l'esthétique des créations de la compagnie, leur mutuelle réflexion sur les questions de style et de contenu alimentent autant la pédagogie de l'une que la dramaturgie de l'autre. La complémentarité des deux entreprises jalonne leur histoire.

Le réseau, lieu commun de la globalisation, a pour la diaspora du mime un sens impérieux et une portée humaine bien concrète; nous y partageons notre métaphysique du corps. Sur le plan philosophique, à l'hégémonie individualiste actuelle fondée sur l'émotion-réalisme-sincérité-témoignage, nous opposons un parti pris citoyen pour l'artifice-vérité-récupération-mise en forme de l'imaginaire.

Traduction ou gant de la pensée, organe ou prétexte de l'esprit, le corps, du sensible au raisonnable, est notre ultime propriété. Il est la tribune privilégiée pour exprimer légitimement que nous sommes libres, donc nous sommes.

 

Jean Asselin